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septembre 1998

Double Moldavie


Temps et Lieux par Ion Cepleanu

Les noms roumains suscitent souvent des questions parmi mes visiteurs. On me demande, par exemple : pourquoi la mer « Noire » ? Ou encore : quel rapport entre la Moldavie et la Moldau en République Tchèque ? Ou encore : pourquoi tant de noms roumains finissent-ils en « -escu », « -esti », « -eanu » ou « -eni » ?

Voici quelques éléments de réponse concernant la Moldavie... Pour la suite... que vous soyez profane ou que vous m’attendiez au tournant... ne manquez pas les futurs numéros de l’« Economie Roumaine Magazine » !

Il y avait une fois le relèvement et le repeuplement de l’Europe Orientale après les grandes dévastations Tatares du 13-ème siècle. Les Roumains participèrent à ce relèvement, aux côtés des Royaumes de Hongrie et de Pologne, les plus puissants à l’époque dans la région. L’assistance technologique était fournie par l’Allemagne, dont les artisans, les ingénieurs et les marchands étaient omniprésents (eh oui, l’histoire se répète...).

En ancien allemand, « Molde » veut dire « mine à ciel ouvert », ou encore « creux », ou encore « combe », « lit de rivière ».

En pays tchèque, le fleuve « tumultueux » (« Vltava » en tchèque) était pour les Allemands celui qui « creuse » : la « Moldau ».

En pays roumain, et plus précisément dans l’actuelle Bucovine, il y a aussi une rivière qui « creuse », la « Moldova », comme la nommèrent les mineurs allemands venus creuser les mines de Baia (« mine » en roumain). Baia en roumain, Molda en vieil-allemand, cette cité minière proche de la rivière Moldova, fut la première capitale de la Principauté du même nom : la Moldavie. Les chroniques nous le disent.

A ses débuts, cette Principauté forestière et minière, encore vassale de la Hongrie (ses Princes venaient du Maramures transylvain), ne s’étendait que sur l’actuelle Bucovine. Plus loin, il y avait d’autres Principautés ou Cités telles Bârlad ou Cetatea-Alba, alliées ou vassales des puissances de l’époque (Galicie, Venise, Gênes ou Khanat de Crimée).

En 1359, la Moldavie les réunit toutes et s’étend dès lors sur tous les territoires habités par les Roumains entre les Carpates, le Dniestr (Nistru en roumain), la Mer Noire, le Danube et la frontière valaque au sud. C’est la Moldavie historique. Depuis 1812, il y a DEUX Moldavies : l’occidentale restée roumaine, et l’orientale devenue russe sous le nom (pourtant roumain) de Bessarabie, qui ne désignait à l’origine que les Bouches du Danube. Cette Moldavie orientale, ethniquement toujours roumaine, s’est émancipée en 1917 et rattachée à la Roumanie en 1918, mais Staline l’a reprise en 1940 et c’est seulement en 1991 qu’elle a pu s’émanciper à nouveau sous son nom légitime et historique de République de Moldavie. Son rattachement à la Roumanie ne sera pas d’actualité tant que la puissance militaire russe et les facteurs économiques s’y opposeront. C’est pourquoi, aujourd’hui, tous les dictionnaires vous le diront, la Moldavie est en Roumanie une province (Moldavie occidentale) et dans la C.E.I. une république indépendante (Moldavie orientale). Comme la carte le montre.

Deux villes de la Moldavie orientale nous rappellent qu’à côté de l’assistance technologique allemande, les premiers Princes Moldaves eurent aussi recours à l’assistance militaire hongroise, avec des garnisons de Sicules (Szeklers) : Kis-Jenö - le « Petit-Eugène » en hongrois et Varhély - la « Citadelle », sont devenus, en se « moldavisant », Chisinäu et Orhei. La première est la capitale de la République de Moldavie. Sous l’occupation russe, elles furent appelées Kichinev et Orgeïev. Ainsi évoluent les noms... Signalons qu’en France, un dictionnaire étymologique réputé s’est montré beaucoup plus amateur que l’« Economie Roumaine Magazine » en citant de pures suppositions dépourvues de toute recherche historique : il faisait dériver la Moldavie du Molid (« l’épicéa », qui ne pousse pas en Bucovine, pays de sapins en altitude et de hêtres en plaine), et Chisinau du tataro-roumain Kychla-noua (« hivernage » en tatar, « nouvelle » en roumain). C’est ce qu’on appelle l’étymologie par rapprochement sonore.

Ne parlons pas de la Bucovine : l’« Economie Roumaine Magazine » n° 8 l’a déjà fait. Voyons cette fois des deux Moldavies, la roumaine et l’indépendante, toutes deux d’histoire et de culture roumaine, mais la seconde également peuplée de slavophones et de turcophones (un tiers de sa population, voir « Economie Roumaine Magazine » n° 3).

Les Carpates moldaves, avec les vallées de la Bistrita et du Trotus, les gorges de nombreuses rivières, les lacs enchâssés de Bicaz et de Lacu-Rosu, les massifs du Raräu et du Ceahlau, offrent quelques-uns des plus jolis paysages de Roumanie. Parmi de grandes forêts et au milieu d’une faune encore très riche (on peut y voir des loups, des ours, des lynx, et y pêcher d’énormes truites...), les villages ont souvent gardé leur caractère original, avec de jolies maisons soigneusement décorées. C’est là le décor de quelques savoureux contes de Ion Creanga, et de quelques romans marquants de Mihail Sadoveanu ou de Virgil Gheorghiu (auteur de « La 25-ème heure »), entre autres.

Les vallées des rivières Siret et Prut (les Hierasos et Pyretos des anciens Daces...) et de leurs affluents, entourées de collines souvent boisées, portent de grandes villes industrielles telles Roman, Bacau ou Bârlad. Sur certains coteaux, des crus de qualité tel le Cotnar ont fait la réputation vinicole de la Moldavie. Iasi (ou Jassy en russe), capitale depuis la moitié du 16-ème siècle, est une belle ville de collines à l’histoire mouvementée et parfois tragique (1940, 1944), dont les monuments, du Moyen-Age au 19-ème siècle, valent le détour. Son Université est réputée, et perpétue la mémoire du Prince érudit et humaniste Démètre Cantemir, qui régna au 18-ème siècle, parlait sept langues, savait dresser des cartes et écrivit de nombreux ouvrages historiques et philosophiques, au point d’avoir son nom gravé sur la Bibliothèque Ste-Geneviève à Paris. Bien des Roumains illustres sont Moldaves : citons seulement les poètes Eminescu ou Alecsandri, les écrivains Asachi ou Hasdeu, les politiques Cuza et Kogälniceanu, fondateurs de la Roumanie moderne, le compositeur Porumbescu, les scientifiques Antipa, Cobalcescu, Racovitza ou Bacescu... En République de Moldavie, la capitale Chisinau (ou Kichinev en russe) qui a elle aussi une université, alterne gracieux quartiers du 19-ème (voir illustrations) et mastodontes soviétiques. Les villes de Balti ou de Orhei sont devenues des centres industriels.

Sur la rive occidentale du fleuve Nistre (Dniestr en russe, sur l’autre rive), les anciennes citadelles moldaves dressent encore leurs murailles dans les villes de Hotin, Soroca, Tighina et Cetatea-Alba , mais la République de Moldavie ne possède que de Soroca : les trois autres sont ukrainiennes (Hotin et Cetatea) ou occupées par l’armée russe (Tighina).

Tout aussi vinicole que la Moldavie roumaine, la République de Moldavie produisait à elle seule 25 % des vins soviétiques.

Les deux Moldavies vénèrent le prince Stefan-cel-Mare (« Etienne-le-Grand ») : partout des statues, dans chaque ville le principal boulevard porte son nom. Il régna 47 ans de 1456 à 1504, repoussa maintes fois les Hongrois, les Polonais, les Tatars et les Turcs, éleva de nombreuses églises et monastères dotés d’écoles, fortifia les citadelles, équilibra les rapports entre noblesse, bourgeoisie et paysannerie, envoya sa flotte commercer avec Gênes, Trébizonde et le Caucase... mais perdit la Bessarabie (Bouches du Danube et côtes de la Mer Noire) au profit des Turcs, qui en firent leur « Boudjak ». Perte limitée si l’on songe aux immenses conquêtes turques en Asie, en Grèce et en Bosnie à la même époque. D’autres princes d’exception laissèrent de bons souvenirs : Petru Rares, Alexandru Lapusneanu, Vasile Lupu... ils se partagent les autres boulevards. Grâce à eux, la Moldavie sauvegarda ses lois, son autonomie politique et ses forces armées, et ne fut jamais province turque.

Les paysans moldaves furent libérés du servage dès 1749 grâce au prince humaniste Constantin Mavrocordat, mais la moitié d’entre eux, vivant dans la partie du pays annexée par les Russes en 1812, y replongea de 1812 à 1861. On est loin de la version soviétique qui prétendait voir un « progrès » dans l’annexion russe !

Depuis sept ans, la frontière du Prut entre les deux Moldavies est enfin ouverte après 46 ans de séparation forcée, et les familles sont enfin réunies. Les citoyens de la République de Moldavie peuvent devenir citoyens roumains s’ils le désirent. Le drapeau est le même. Les échanges culturels et économiques sont intenses. Si l’unité territoriale est impossible, l’unité spirituelle et matérielle est déjà un fait. Stefan-cel-Mare et ses successeurs peuvent s’en réjouir.

La France est culturellement présente en Moldavie grâce à l’Institut Français de Iasi (filiale de celui de Bucarest) et à l’Alliance Française de Chisinau.

Signalons pour finir un illogisme d’origine américaine concernant la Moldavie : les Américains ont lancé la mode d’appeler le pays par son nom autochtone, Moldova, même en anglais, allemand ou français. Ils le font aussi pour la Biélorussie (« Belarus »). S’ils étaient logiques, ils devraient appeler tous les pays par leur nom autochtone : Polska pour la Pologne, Hellas pour la Grèce, Bharat pour l’Inde... Pour notre part, tant qu’un pays a un nom français (anglais... allemand), nous utiliserons ce nom... pour la Moldavie comme pour la Grèce ! L’« Economie Roumaine Magazine » est un périodique logique... et européen !
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