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avril 1998

Tsiganes


Bulletin RHONE-ROUMANIE
L’Assemblée générale de Rhône-Roumanie (24 février 1998) s’est poursuivie par une Table Ronde sur la question tzigane, avec la participation de deux membres du CRARDDA, Françoise Amiot et Nora Saoudi qui ont travaillé à l’accueil des Tziganes arrivés à l’automne 97 et au programme de réinsertion de quelques volontaires dans leur pays, et de Dominique Raphel, journaliste à Diagonales Est/Ouest et auteur d’une étude sur les Tziganes.
Nombreuses réactions des Roumains présents dans la salle qui souffrent d’être confondus systématiquement avec une minorité qui n’existe pas seulement en Roumanie : c’est un problème européen.
Le CRARDDA pour sa part a hébergé 130 personnes sur 3 sites différents avec une équipe de salariés présents par roulement 24h/24h. Les frais d’accueil sont pris en charge par le gouvernement français et chaque tzigane demandeur d’asile reçoit en plus 25 francs par jour. On a pu scolariser les plus jeunes enfants mais c’est le refus de la part des adolescents. 80% attendent une réponse de l’OFPRA dont on sait qu’elle sera négative ; ils pourront faire un recours et on arrivera ainsi au moins jusqu’à fin août. Il suffit alors qu’ils retournent un temps en Roumanie, et en toute légalité ils peuvent refaire une demande d’asile. Certains de ceux actuellement en France font le voyage pour la troisième fois.
Dominique Raphel fait ensuite une intervention plus générale sur ce problème, reprenant divers points de son récent article dans Diagonales Est/Ouest.


UN POINT DE VUE ROUMAIN : LA QUESTION TZIGANE _ Larges extraits d’un article de Mircea IVANOIU écrit pour le Bulletin de Liaison de l’Association Rhône-Roumanie

"1) Bombe ethnique ou inconscience politique
Malgré l’alternance au pouvoir, certaines mentalités de toute la classe politique sont restées au niveau des cours de propagande idéologique de "l’époque d’or"... La minorité tzigane représente le groupe le plus aliéné de la société roumaine.
Premièrement, on ne connaît pas le nombre précis des Tziganes dans le pays. Conformément aux données officielles (recensement de 1992) il y aurait 409 723 Tziganes, c’est-à-dire 1,8% de la population, mais conforméméent aux estimations des organisations tziganes, cette minorité compterait 2-3 millions de personnes sur une population de 23 millions d’habitants, ce qui rendrait cette communauté la plus nombreuse. La plupart des Tziganes, pour différentes raisons, ne se sont pas déclatés en tant que tels lors du recensement de 92.
Deuxièmement, le statut des Tziganes diffère essentiellement non seulement de celui de la majorité, mais aussi de celui des autres minorités. Ils ont été esclaves, et après leur libération ils ont continué à vivre dans une condition de marginalité. Les chances sociales et professionnelles des Tziganes sont gravement réduites pour diverses raisons :
- Leur communauté s’isole de plus en plus du reste de la population.
- Le chômage atteint chez eux des cotes incroyables. Il n’est pas rares de trouver dans les journaux des annonces comme : "Embauchons portier ; Tziganes exclus".
- Bon nombre des plus riches maffieux locaux sont tziganes, et leur prospérité matérielle agressive est d’autant plus choquante qu’elle est en contradiction aussi bien avec la misère dans laquelle vivent les autres Tziganes qu’avec les lois du pays.
C’est pourquoi dans plusieurs régions du pays il y a eu de graves conflits entre la population majoritaire ou les populations des autres minorités et les Tziganes.

2) Sociologie de la famille et de l’enfant L’ethnie tzigane
Le profil de cette ethnie est décrit par quelques caractères distincts :
La population tziganes a une origine indo-européenne. La langue tzigane est le "romani", qui a une capacité plus réduite que celle des autres communautés, et qui n’existe pas en version écrite.
- La philosophie de vie des Tziganes est totalement différente de celle des autres communautés ethniques, dans tous les domaines ou presque.

La famille tzigane
Le type de famille élargie en est caractéristique, décrit par la cohabitation de plusieurs générations. Cette situation s’explique par :
- Le fait que la vie ensemble offre plus de sécurité.
- Les conditions économiques difficiles de la communauté
- L’âge de mariage des filles, mais aussi des garçons, qui oblige le jeune couple à habiter avec ses ascendants pour une certaine période.
- La crise du logement si répandue dans les anciens pays communistes.

La solution pour les enfants non désirés
L’âge moyen des filles au premier mariage est de 17 ans (22,25 ans dans le reste de la population). L’âge de la femme au premier accouchement est de 18,5 ans. Le planning familial n’existe pas dans les familles tziganes et les enfants non désirés sont abandonnés dans les maternités. De là ils deviennent les pensionnaires des institutions de protection de l’enfant ou ils sonr "oubliés" dans les hôpitaux, c’est-à-dire qu’ils sont "institutionnalisés". Dans ces institutions sont internés un nombre relativement élevé d’enfants tziganes qui ne sont visités par leurs parents qu’après l’âge de trois ans quand les membres de la famille décident de les récupérer. La motivation de ce comportement réside dans le fait que les Tziganes perçoivent ces institutions comme une crèche d’État, c’est-à-dire que l’État a la responsabilité de soigner les enfants pendant leur petite enfance.

La relation avec l’école
Presque 20% des enfants tziganes, jusqu’à 18 ans, n’ont jamais fréquenté une école. Le degré de scolarisation de la nouvelle génération semble être beaucoup plus bas que celui de la génération adulte. Beaucoup d’enfants tziganes sont confrontés à des problèmes tels que : le manque de vêtements ; le manque de soutien des parents à la participation scolaire ; le manque des conditions nécessaires à l’étude : livres, cahiers, de même que le manque d’une atmosphère qui favorise l’étude. Les Tziganes n’ont pas pris conscience de la nécessité de la scolarisation. Leur structure "d’hommes libres" pose son empreinte sur la percetion qu’ils ont de leur propre avenir.

Conditions d’habitation
Les Tziganes n’accordent pas une très grande importance à ces conditions, par l’absence du moindre effort pour entretenir et embellir le logement. Cette situation est aggravée par le nombre de personnes et par l’état du logement.

Conclusions
Plus le mode de vie des familles tziganes est traditionnel, plus le nombre d’enfants augmente. À son tour le grand nombre d’enfants aggrave la situation matérielle de la famille. Grâce à la baisse du taux de mortalité infantile, le nombre d’enfants qui arrivent à la maturité est beaucoup plus élevé que jadis. La plupart des enfants auront par conséquent un niveau d’éducation très bas. En outre la pauvreté pousse les familles à orienter les enfants vers des activités spécifiques pour acquérir les ressources matérielles, ce qui bloque leur participation scolaire et les socialise dans un type d’activité marginale. Pour cette raison, à la maturité, ils seront dans une situation extrêmement critique, reproduisant et amplifiant l’état actuel de pauvreté et la tendance à la délinquance.

3) Valeurs culturelles différentes
Les valeurs concernant l’habitation, la famille, la justice, le droit, la manière de concevoir l’amour et la vie de famille reflètent des différences culturelles et de mentalité importantes.
En même temps, il n’y a pas une seule communauté unitaire de Tziganes mais plusieurs. La communauté majoritaire est très structurée comme organisation administrative, politique et d’État, tandis que la communauté des Tziganes n’a pas encore une telle structure suffisamment développée pour que quelqu’un puisse dire qu’il parle au nom de tous ceux qui appartiennent à cette minorité.
M. György Tokay, secrétaire d’État, affirme l’intention de promouvoir des recherches pour entretenir un dialogue et regrette l’absence de moyens matériels et même de capacités organisationnelles et intellectuelles pour faire face à un tel défi. Sans doute la question tzigane en Roumanie est une question de finesse, comme toujours quand il s’agit de minorités en Europe, et on trouve difficilement des ressources quand le pays est confronté à d’autres problèmes fondamentaux, de survie économique et sociale.
Le chef d’orchestree Madalin Voicu n’a jamais caché son origine tzigane. Il n’est pas vexé par l’appellation "tzigane", mais il ajoute : "Chaque minorité a le droit, qio doit être respecté, de s’appeler comme elle veut. Le mot Tzigane est employé dans toute l’Europe dans le langage courant. Entre les Tziganes on emploie aussi le mot Rrom - dans notre langue romani". Madalin Voicu dit que "s’il y a des conflits ce sera à cause de la négligence des anciens et des nouveaux gouvernants, qui vont continuer à minimiser les problèmes auxquels les Tziganes sont confrontés. Pour ne plus parler du fait que les Tziganes continuent d’avoir beaucoup d’enfants et les Roumains de moins en moins. Ce déséquilibre va s’accentuer dans les dix ans à venir, les Tziganes pourront atteindre le double d’aujourd’hui."
(...) Ces derniers temps, les forces de l’ordre ont constaté que les leaders locaux des Tziganes n’ont plus le prestige et l’autorité des anciens chefs (boulibachas). Il y a évidemment une érosion de la tradition même à l’intérieur de ces communautés qui sont d’ailleurs très conservatrices." [Mircea IVANOIU, Brasov]


AFP, 13 février 1998 (par Jean-Luc Porte)

"Les Tziganes de Roumanie vivaient mieux sous le régime communiste de Ceausescu et depuis 1990 les conditions de vie de cette communauté se sont dramatiquement détériorées, estiment des chercheurs roumains et des responsables d’organisations humanitaires (...). Selon une enquête sociologique approfondie menée par MSF, l’UNICEF et la délégation de la Communauté Européenne, associée à des chercheurs de l’Université de Cluj, depuis 1990 on constate un accroissement des tensions entre la population Rom et le reste de la population. (...) Selon de nombreux quotidiens, les Tziganes sont également les principaux responsables de l’image négative de la Roumanie à l’étranger. MSF-Belgique, financée par la fondation SOROS, a tenté pendant 7 ans (90-97) une expérience fructueuse d’intégration de citadins et de villageois tziganes de Transylvanie : reconnaissance civile, scolarisation, accès à l’eau courante et à l’électricité ; constat positif : augmentation importante du nombre d’enfants scolarisés, prise de conscience par les Tziganes de leurs obligations civiques, meilleure médicalisation, amélioration des relations de voisinage avec les Roumains."


Cinéma

À voir : avec son film GADJO DILO, tourné à Baltani, 60 km de Bucarest, Tony GATLIF clôt son tryptique sur l’univers tzigane par un film intense : l’histoire d’un étranger peu à peu adopté par un village de Roumanie. "Pour moi, les Tziganes, ce sont des gens qui résistent, qui ne cèdent sur rien, qui ne craignent rien ni personne. Je montre que leur image est fausse. Que la réalité n’est pas forcément meilleure, mais plus riche, plus complexe que cette image déformée par 5 siècles de préjugés", dit le réalisateur. [TÉLÉRAMA, 11 au 17 avril 98]


[Bulletin RHONE-ROUMANIE]

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