septembre 1999

Roumanie : Un artiste roumain, Ion Alexandru STERIADI

Connaissance d’un artiste roumain
par Ion Cepleanu

Bucarestois né en octobre 1880, Ion Alexandru STERIADI était le fils d’un grec et d’une française de Roumanie, née Alexandrine HOUËL. Attiré dès son jeune âge par les arts, il eut, avec son frère adoptif, la chance d’avoir des parents intelligents, qui l’encouragèrent dans sa vocation au lieu de lui seriner le traditionnel « artiste, ce n’est pas un métier, passe ingénieur (ou maçon, ou charpentier...) d’abord ». Son père était d’ailleurs un joyeux caricaturiste, et le jeune STERIADI suivit d’abord cette voie aux dépens de ses camarades ou professeurs de Lycée, avant de se lancer dans la musique et le dessin au fusain.

Son amour de la vie - car STERIADI sera toute sa vie un bon vivant - lui fit rapidement « croquer », dans tous les sens du terme, les bons plats, les bons crus, les belles filles et, sur toile, les scènes de la vie courante. Sorti des Beaux-Arts de Bucarest à 20 ans, STERIADI fut d’emblée un membre des « Artistes indépendants ». Au grand dam de son professeur MIREA, il défia ainsi les « Académiques » classiques, dominants à l’époque. Les « Artistes indépendants » tels ISER, LUCHIAN, SIRATO, RESSU ou VERMONT, auront le dernier mot et « enterreront » l’académisme en Roumanie.

En 1901, attiré par le « sécessionnisme », il part pour Munich se perfectionner auprès du peintre WEINHOLD ; il y expose ses lithos, ses eaux-fortes et ses fusains, et y obtient des mentions honorables. Il vend bien ces premières oeuvres et en 1903 le voici à Paris à l’Académie Jullian. Rentré en Roumanie, déjà reconnu par ses pairs, il ne cesse d’exposer, de vendre et d’accumuler les distinctions. Bref, il est « lancé ».

En 1909, il est nommé conservateur du Musée Aman, et en 1915 du Musée Calinderu à Bucarest. Déjà il organise des Salons artistiques.

En 1916, l’Exposition internationale de Munich lui décerne sa médaille d’Or, mais il ne peut aller la recevoir, car aussitôt après, la Roumanie déclare la guerre à l’Allemagne.

Après la guerre, en 1918, il fonde l’ »Académie libre d’Art » avec ses amis JALEA, PETRASCU et VERONA.

En 1937, toujours soucieux d’aider les artistes novateurs, il fonda le groupement « Arta » avec d’autres grands noms de la peinture roumaine, tels BUNESCU, DARASCU, ou PALLADY.

En 1940 il expose à la 22è Biennale de Venise, mais là aussi la guerre le prive du voyage tant espéré.

La Libération voit sa consécration : directeur des Beaux-Arts en 1946, académicien en 1948, il devient professeur et forme toute une génération de peintres dont certains vous ont déjà été présentés dans ces pages.

Politiquement, il se montre conciliant et le nouveau régime lui garde son estime. Ce qui lui permet d’accepter parmi ses élèves des jeunes marginaux, proscrits en raison de l’origine sociale de leurs parents (avocats, commerçants, médecins, industriels, juristes ou officiers sous la monarchie) et qui n’auraient jamais pu faire d’études sans sa bienveillance. Il s’éteint en novembre 1956, juste au moment de la déstalinisation, dont ses élèves profiteront quelque peu avant que "l’ère Ceausescu" ne remette tout sous le boisseau... jusqu’en 1989. Leurs talents revivent aujourd’hui, et à travers eux, l’esprit de tolérance de STERIADI. [Romania Magazine]

[Roumanie.com]

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